Humus numericus

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

R, Spip et autres

Médias

Fil des billets

vendredi 15 juin 2007

Un attentat américain déjoué au G8 : désinformation au Réseau voltaire ?

En ouvrant mon lecteur RSS favori ce matin, un article du grandsoir.info a immédiatement attiré mon attention. Intitulé La police allemande déjoue une tentative d’attentat états-unienne contre le G8, il s'agissait en fait d'un lien vers un article du Réseau voltaire qui commence de la sorte :

Deutsche Presse-Agentur et Agenzia Giornalistica Italia rapportaient jeudi 7 juin 2007 que la police allemande avait surpris des « hommes des services de sécurité US (…) tentant de dissimuler des explosifs militaires C4 à travers un point de contrôle à Heiligendamm » où se tenait le sommet du G8. Après que la valise contenant la charge explosive a été détectée par les appareils de contrôle, précisent les agences, les agents états-uniens, habillés en civil, se sont immédiatement identifiés. La police allemande a refusé de commenter cet événement (voir dépêches ci-dessous).

Suivent deux paragraphes de commentaires évoquant la similitude de cet incident avec d'autres faits déjà évoqués par le Réseau voltaire, puis le texte des deux dépêches des agences allemandes et italiennes évoquées.

Diantre, se dit-on. Ca paraît plutôt sérieux. D'autant qu'après quelques recherches Google, on arrive à retrouver le texte des dépêches en question sur certains journaux. Par contre, aucun relais apparent dans les grands médias. Tout cela donne évidemment envie de replonger dans toutes les théories autour du 11-Septembre, sur lesquelles le Réseau voltaire est en pointe. C'est ce que font par exemple les commentaires de l'article de Bellaciao, qui est un des rares à avoir relayé l'info.

Oui, mais.

Oui, mais il semble que personne ne se soit donné la peine d'essayer de traduire les dépêches en question. Mon niveau en allemand n'est pas fortiche, mais en gros la dépêche allemande, qui était la suivante :

Amerikaner testeten G8-Kontrollen mit « Sprengstoff-Schmuggel »

Rostock (dpa) - US-Sicherheitskräfte haben die Kontrollen um den G8-Gipfel in Heiligendamm nach dpa-Informationen mit dem Transport einer geringen Menge Sprengstoff getestet. Der in einem Koffer versteckte Plastiksprengstoff sei von den deutschen Beamten an einer Kontrollstelle in einem Auto entdeckt worden, erfuhr die dpa. Obwohl es sich um eine « sehr kleine Menge » gehandelt habe, schlug demnach die Durchleuchtungstechnik Alarm. Daraufhin hätten sich die zivil gekleideten Insassen als US-Sicherheitskräfte zu erkennen gegeben.

Correspond à quelque chose comme ça (désolé, c'est assez approximatif) :

Les américains ont testé les contrôles du G8 avec de « l'explosif de contrebande »

Rostock (dpa) - des forces de sécurité américaines ont testé les contrôles autour du sommet du G8 à un barrage à Heiligendamm, d'après des informations de la dpa, avec le transport d'une faible quantité d'explosif. L'explosif de type plastic dissimulé dans une valise a été découvert dans une voiture lors d'un contrôle par les fonctionnaires allemands, d'après la dpa. Bien qu'il se soit agi « d'une quantité très petite », la technique de détection a permis de donner l'alarme. Les personnes habillées en civil se seraient alors identifiées comme membres des forces de sécurité américaines.

Je vous fais grâce de la traduction de la dépêche italienne : elle est quasiment identique au mot près.

On est donc très loin du titre de l'article du Réseau voltaire : à la place d'un attentat manqué, on a seulement un exercice de sécurité ayant mobilisé une quantité très petite d'explosif. Certes on pourra toujours objecter qu'il s'agissait peut-être d'une vraie tentative d'attentat, que les agents américains pourraient avoir fait passer ça pour un exercice après avoir été repérés, etc. etc. Il n'empêche que rien dans les dépêches en question ne permet d'étayer pareille thèse. De même, quand le Réseau voltaire affirme que la police allemande a refusé de commenter cet événement, on se demande bien où ils sont allés chercher cette information. En tous cas la source n'est pas citée.

La question n'est pas de savoir si le terrorisme d'Etat existe ou non (la question ne se pose même pas) ou s'il est actuellement utilisé par les grandes puissances pour justifier différentes interventions militaires ou des restrictions des libertés publiques. La question est de savoir s'il est acceptable d'avoir recours à ce qui n'est autre que de la désinformation.

Car dans le cas présent, on ne peut raisonnablement mettre cet article du Réseau voltaire sur le compte de la seule maladresse.

vendredi 11 mai 2007

Un espace en hommage à Bourdieu sur Second life

Second life est un logiciel permettant de simuler un univers virtuel qui fait de plus en plus parler de lui. Pendant la campagne présidentielle, notamment, l'ouverture d'un espace spécifique par Royal et par le Front national avait donné lieu à quelques articles dans Libération et d'autres journaux. Le principe est assez simple : vous vous créez un personnage, et vous pouvez ensuite explorer un univers qui bouge constamment et rencontrer d'autres personnes, visiter des expositions, rejoindre des groupes, etc.

L'accès à Second life est gratuit, et il existe même un client linux. Mais l'idée de ses concepteurs n'est pas franchement philanthropique : il est plutôt de vous faire acquérir de la monnaie locale qui vous permettra, dans le jeu, d'acheter divers objets, du terrain, ou d'accéder à certains événements.

Cependant, cet aspect n'est (pour l'instant) pas obligatoire. On peut se créer un compte gratuitement, explorer, rencontrer et discuter librement sans avoir à dépenser un centime.

Un groupe baptisé Pierre Bourdieu un hommage s'est formé récemment et a construit un espace de rendez-vous où se tiennent déjà expositions, conférences, ainsi que la possibilité de visionner des films. L'ayant rejoint récemment, j'ai eu l'occasion d'assister ce soir à une conférence de Michel Koebel, sociologue membre de l'association Raisons d'agir, auteur notamment de l'ouvrage Le Pouvoir local ou la Démocratie improbable, aux éditions du Croquant. C'était assez rigolo, la conférence était donnée directement en audio, de très bonne qualité, et les réactions et débats avaient lieu par écrit via le système de chat. On s'y serait vraiment cru.

Voici une petite capture d'écran de cette conférence qui a quand même réuni 22 personnes :

Conférence de Michel Koebel

Une conférence de rattrapage sur le même thème, celui des élus locaux et de leur représentativité, aura lieu demain samedi 12 mai à 22h. Elle est bien évidemment ouverte à tous. Pour y assister il suffit de vous rendre sur l'île dédiée au groupe Pierre Bourdieu.

Si vous avez déjà quelques familiarités avec Second life, je vous conseille vivement d'y assister ne serait-ce que pour voir ce que ça donne.

Quelques ressources complémentaires :

samedi 17 mars 2007

Encore un lapsus médiatique...

Et cette fois-ci c'est le Nouvel observateur qui nous l'offre, dans un article consacré à la fin de la course aux parrainages, et plus particulièrement la photo suivante qui l'accompagne :

Photo Bové

Bon, on remarquera que la photo n'est pas franchement à l'avantage de notre candidat moustachu. Il a tendance à ressembler un peu à Gérard Depardieu jouant Obélix après avoir abusé de son Château-Lathune. Mais le plus rigolo, c'est quand même la légende de la photo. C'est à ce genre de petit détail qu'on reconnaît la manière dont certains journalistes perçoivent les habitants des quartiers populaires et certains de leurs porte-paroles potentiels.

En passant, ça me rappelle une remarque de Bernard Lahire qui, dans L'invention de l'illettrisme, s'étonnait du nombre de personnes qui remplacent "analphabète" par "analphabête".

dimanche 4 février 2007

Redeker chercheur au CNRS censuré par Canal plus ?

Les petites désinformations et manipulations médiatiques quotidiennes commencent à être connues : l'une des plus classiques est de balancer des informations fausses ou très imprécises en première page pendant des jours, pour finalement publier un petit réctificatif des jours, des semaines ou des années plus tard, quand plus personne ne fait attention. On trouvera plusieurs exemples concernant certaines aggressions ou guet-apens tendus à des poiliciers et qui s'avéraient en fait soit totalement contrefaits, soit des mouvements de révolte spontanés.

Mais ce genre de glissements se retrouvent partout, et si nous n'y prenons garde (autant que possible et dans la mesure de nos moyens), il est très facile de tomber dedans à notre tour.

Deux exemples récents pour illustrer.

Redeker chercheur au CNRS ?

On a un peu parlé ces derniers temps du fait que Robert Redeker, auteur d'une tribune à la limite du racisme dans le Figaro, aurait récemment obtenu la possibilité de travailler au CNRS plutôt que de continuer à enseigner en lycée. Reuters, par exemple, parle de transfert au CNRS. Cette annonce a entraîné des réactions tout à fait justifiées, commentant notamment la difficulté pour nombre de jeunes chercheurs d'intégrer cette institution alors qu'il leur aurait suffit de déblatérer sur l'islam et de se faire menacer de mort dans la foulée.

Or, le CNRS a récemment publié un communiqué nuançant quelque peu la décision qui a été prise. Redeker n'a certainement pas eu de poste de chercheur. Il a demandé une mise à disposition d'un an en tant que professeur agrégé. Et c'est cette mise à dispo, pour une durée limitée, qui a été acceptée. On peut critiquer cette décision, et y voir un privilège accordé arbitrairement à quelqu'un ne le mérite certainement pas, mais il ne s'agit pas non plus d'un "contournement de concours" ou d'une titularisation abusive.

Un reportage de Canal plus sur les OGM interdit d'antenne ?

Le mail suivant circule assez largement ces temps-ci, en tous cas je l'ai reçu.

Voici un reportage de lundi investigation sur Canal très intressant. Il a été interdit d'antenne et ne passera donc jamais sur la chaîne. Regardez-le vite :

http://video.google.fr/videoplay?docid=-8996055986353195886

A diffuser, avant la censure définitive

Le reportage en question est tout à fait intéressant et assez édifiant, il porte sur les manipulation et censures imposées à des études montrant la nocivité sur des rats d'une variété de maïs OGM de Monsanto. Il est donc crédible, dans le contexte actuel, d'imaginer une censure de la part de Canal plus.

Sauf que. Sauf que si on prend la peine de faire une recherche dans Google, on constate que ce reportage n'a absolument pas été censuré. Il a même été diffusé. Et il n'a rien de nouveau puisque sa diffusion date du 15 novembre 2005.

On pourrait remarquer que c'est une bonne manière de faire de la publicité sur un sujet qui souffre certainement de formes de censure médiatique et de désinformation. Mais je ne suis pas sûr qu'il soit très sain ou très indiqué d'utiliser les armes de son adversaire, même si cela peut se révéler éfficace à court terme.

Post Scriptum

Je viens de remettre la main sur le communiqué de presse du CNRS sur Redeker :

Communiqué de la Conférence des présidents du Comité national

Précisions de la CPCN concernant la venue au CNRS du professeur Robert Redeker

Les déclarations de Robert Redeker reprises dans la presse ont pu donner l'impression qu'un poste de chercheur CNRS lui avait été attribué. La Conférence des présidents du Comité national rappelle que ces postes sont exclusivement attribués par concours, après dépôt d'un dossier de candidature examiné par le jury d'admissibilité et le jury d'admission compétents.

Pour la campagne 2007, plus de 6000 dossiers ont été déposés pour 388 postes de chargés de recherche au CNRS ouverts au concours. Robert Redeker ne candidate pas un concours de recrutement. Il a déposé, le 23 dcembre 2006, une demande de mise à disposition au CNRS pour un an, renouvelable en fonction du bilan au terme de cette première anne. Si elle est acceptée, cela lui permettra d'exercer une activité de recherche tout en conservant son statut de professeur agrégé.

mardi 23 janvier 2007

Petite règle médiatique de base

Cette règle pourrait s'énoncer de la manière suivante :

Tout sujet ou personne fortement médiatisé sans être dénigré ne remet pas en cause le système actuel et la structure des rapports de domination

Ça peut paraître évident, mais je trouve que c'est un petit principe intéressant à garder en tête, notamment lorsqu'on écoute la radio ou qu'on regarde la télé. Prenons quelques exemples récents pour illustrer.

Les enfants de Don Quichotte

On peut quand même s'étonner qu'une association à l'histoire relativement courte parvienne avec l'aide de quelques tentes Decathlon à faire la une des médias pendant plusieurs jours. De même, lorsque l'association en question rédige une charte et que celle-ci est signée par différents candidats, de "gauche" comme de droite, on se dit que le document en question ne doit pas être trop dérangeant. Et lorsque l'assoce plie bagage dès les premières déclarations ministérielles, on comprend mieux. Il est à parier d'ailleurs que nous n'en entendrons plus parler.

A l'inverse, des associations comme Droit au logement, qui existent et agissent depuis des années, avec une vision politique globale de la question du logement, n'est quasiment jamais médiatisée lorsqu'elle effectue des actions sur le terrain, sauf lorsqu'il s'agit d'occupations d'immeubles visibles. Pourtant leurs activités ne se limitent pas à ça, comme j'ai eu l'occasion de le constater lors d'un mouvement pour le relogement d'explusés à Saint-Ouen, par exemple.

Nicolas Hulot

La similitude avec l'exemple précédent est frappante. Montée en puissance médiatique très rapide, maintien en une pendant une période relativement longue, une charte signée par quasiment tous les candidats, et une non-candidature qui fait que les effets de tout ça ne seront au final que purement médiatiques. Là aussi, on a une écologie "ramolo-libérale", sans remise en question fondamentale de nos modes de vie. Pour une critique parfaitement argumentée, je me contenterai de renvoyer à l'excellent article de Sophie Divry.

L'abbé Pierre

Ben oui. Pas facile de s'attaquer à une icône, et je ne nie pas qu'il a accompli un tas de choses très intéressantes. Mais coco des bois le dit bien :

Il n'a pas été nuisible, il a joué son rôle, et a contribué à endormir les gens, tant que des gens comme ça existent, comme tu dis, pas de révolte, et on peut continuer à se goinfrer, consommer et produire, PS et UMP lui rendront hommage pour leur avoir permis de continuer à flinguer la planète en paix.

Etc., etc.

A l'inverse, tout ce qui va réellement à l'encontre des intérêts dominants et médiatiques (qui sont le plus souvent les mêmes) est soit totalement occulté, soit largement critiqué et diffamé. On pourra citer :

  • La critique des médias (Acrimed, Le Plan B...) ;
  • L'action de Chavez au Venezuela ;
  • La révolte des banlieues de novembre 2005 ;
  • La campagne du non au Traité constitutionnel européen ;
  • etc.

Mais ce qui est intéressant avec cette règle, c'est qu'elle peut aussi aider à réaliser que certains sujets qui peuvent nous sembler importants à première vue ne doivent pas être si méchants que ça puisqu'ils sont largement médiatisés. Petite liste indicative :

  • les campagnes électorales, notamment les présidentielles, et tout particulièrement les candidats les plus exposés ;
  • le tri sélectif ;
  • le fait de s'inscrire sur les listes électorales et d'aller voter ;
  • etc., etc., etc.

Je vous laisse compléter vous-mêmes ces différentes listes selon le va-et-vient des sujets médiatisés.

Note : on peut aussi relever le caractère d'alibi que revêtent ces médiatisations politiquement anodines. Quand on a parlé des enfants de Don Quichotte, on a parlé des SDF. Quand on a parlé de Hulot ou du tri sélectif, on a parlé de la protection de l'environnement. Quand on a parlé de l'abbé Pierre, on a parlé des pauvres. Mais dans tous les cas, on s'est bien gardé de remettre en cause les fondements du système, les causes des inégalités, et on a aussi évité d'aller interroger directement les personnes concernées en privilégiant des porte-paroles médiatiques et médiateurs d'une réalité qu'on continue à cacher malgré les apparences. En définitive, on aura plus vu et retenu les tentes Decathlon que ceux qui ont dormi à l'intérieur.

mardi 6 juin 2006

Ségolène Royal ou le délire journalistique

J'ai l'impression que ce qui se passe médiatiquement parlant autour de Ségolène Royal est particulièrement emblématique de l'accroissement de dérives journalistiques qui ne datent pourtant pas d'hier.

L'exposition médiatique dont bénéficie la bougresse est proprement ahurissante. Plus ça va, et plus chacun de ses faits et gestes sont systématiquement disséqués à la recherche de petites phrases entraînant des heures de commentaires et de faux débats. Sa visibilité est supérieure à celle de tous les autres candidats potentiels, qu'ils soient du PS ou non. Le camp médiatique semble (pour l'instant) avoir choisi son camp, ce qui, au passage, en dit long sur le degré de subversion et de dangerosité des Royalistes.

Un premier phénomène bien connu et intéressant à observer est celui de la pompe qui s'auto-alimente. On ne parle que de Ségolène Royal, on ne voit que Ségolène Royal, et ensuite on demande à des instituts de sondage de téléphoner rapido à 900 français pseudo-représentatifs pour leur demander qui ils verraient plutôt comme candidats socialos. Et là, incroyable, la majorité répond "Ségolène Royal". Evidemment pas par conviction, mais qu'est-ce que vous voulez répondre d'autre si vous n'êtes pas vous-mêmes membre du PS et partisan d'un autre candidat ? Que répondraient des sympathisants de droite à la question "Quel est pour vous le meilleur candidat aux présidentielles de Lutte ouvrière" ?

La déferlante médiatique qui a suivi les propos ségolènistes sur la délinquance des mineurs s'inscrit dans cette dynamique-là. Sans revenir sur le fond du problème (certains l'ont déjà très bien fait), au moins cette réaction pouvait se pseudo-justifier par l'étonnement de trouver des idées d'extrême-droite chez un candidat que seuls les médias désignent encore comme de gauche.

Mais là où ça devient à mon avis proprement phénoménal, c'est la réaction qui a suivi concernant les propos Royalistes sur les 35 heures. J'ai un peu écouté la radio hier soir, et la publication de quelques lignes à ce sujet sur le site web (prétentieux) de la présidentiable a fait la une de presque tous les flashs infos. Mais ce qui m'a le plus frappé, c'est l'absence totale d'analyse des propos en question : en général, l'info consistait à dire "Ségolène Royal a critiqué les 35 heures", parfois on avait droit à la précision "car elle estime que la mesure a été défavorable aux plus fragiles", pour ensuite enchaîner directement sur des réactions politiques, notamment de l'UMP se félicitant que l'égérie socialiste se rapproche encore un peu plus du programme de Sarkozy.

Et là, franchement, il y a quelque chose de totalement absurde. Car si on regarde ce qu'a réellement écrit Ségolène Royal sur les 35 heures, et même si ça me fait mal de le dire, et bien c'est loin d'être con. C'est même de mon point de vue tout à fait exact. Je suis personnellement satisfait des 35 heures, comme la plupart des "cadres", car j'ai droit à mes jours de RTT supplémentaires sans augmentation de cadence particulière. Mais ça n'est évidemment pas le cas de ceux qui ont vu cette soit-disant avancée sociale s'accompagner d'un passage aux trois-huit, en horaires décalsé, ou d'une annualisation du temps de travail. Tout ceci avait déjà été largement dénoncé par la "vraie" gauche au moment de la mise en place des trente-cinq heures, et l'est encore de manière très convaincante à l'intérieur même du PS, par des gens qui ont la particularité de savoir de quoi ils parlent.

Les propos Royalistes sur les 35 heures n'ont donc rien à voir avec ceux qu'elle a tenu sur la délinquance des mineurs. Ils en sont même le parfait opposé. Mais aucun média de masse n'a eu l'air de s'en apercevoir : c'est proprement effarant. C'est comme si le neurone journalistique collectif, convaincu trois jours auparavant que Ségolène Royal était devenu sarkozyste, était incapable d'analyser un nouvel élément allant dans une autre direction. Ceci en dit (encore un peu plus) long sur la manière dont les médias peuvent parfaitement nier la réalité la plus évidente si celle-ci ne cadre pas exactement avec leur vision du monde a très court terme.

À ce niveau-là, on ne peut même plus qualifier la pensée journalistique de masse de désert : le Sahara parvient encore, lui, à abriter certaines formes de vie.

mardi 10 janvier 2006

Chavez antisémite ? ou de la désinformation à Libération et au Monde

Peut-être êtes-vous, comme moi, tombés sur l'article de Libération du 9 janvier dernier et délicatement intitulé Le credo antisémite de Hugo Chávez. Dans ce texte signé Jean-Hébert Armengaud, on y apprend que le président vénézuelien aurait prononcé à Noël un discours dont un passage comporterait des connotations fortement antisémites, qu'on en juge :

il se trouve qu'une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (...) s'est emparée des richesses du monde (...) et a concentré ces richesses entre quelques mains.

J'avoue qu'à la lecture de cette phrase, mon opinion a quelque peu vacillée. Ce fut même plutôt un coup dur quand on pense que ce qui se passe actuellement au Vénézuela (et peut-être bientôt en Bolivie) est une des rares raisons de rester optimistes actuellement.

Le lendemain, c'est au tour du Monde de titrer sur le même sujet : le centre Wiesenthal accuse M. Chavez d'antisémitisme. Cette fois-ci, la citation est légèrement plus longue :

Il y a dans le monde de quoi satisfaire les besoins de tout le monde, mais (il y a) des minorités, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, les descendants de ceux-là même qui ont expulsé Bolivar d'ici et qui l'ont crucifié à sa manière à Santa Marta en Colombie. Une minorité s'est appropriée des richesses du monde.

Cette fois, la citation est un peu plus ambiguë, et on se demande un peu (et l'article le fait également) ce que les juifs auraient à voir avec Simon Bolivar. La conclusion du texte est un peu plus nuancée que celui de Libération, mais on imagine ce qu'en ont pensé ceux qui n'ont lu que le titre de l'article.

En fait, la citation exacte est beaucoup plus longue. Comme l'indique un billet du blogue de Jean-Luc Mélenchon, le texte complet du discours est téléchargeable sur Internet sous la forme d'un document PDF. On découvre alors, page 18, le passage incriminé :

El mundo tiene para todos, pues, pero resulta que unas minorías, los descendientes de los mismos que crucificaron a Cristo, los descendientes de los mismos que echaron a Bolívar de aquí y también lo crucificaron a su manera en Santa Marta, allá en Colombia. Una minoría se adueñó de las riquezas del mundo, una minoría se adueñó del oro del planeta, de la plata, de los minerales, de las aguas, de las tierras buenas, del petróleo, de las riquezas, pues, y han concentrado las riquezas en pocas manos: menos del diez por ciento de la población del mundo es dueña de más de la mitad de la riqueza de todo el mundo y a la... más de la mitad de los pobladores del planeta son pobres y cada día hay más pobres en el mundo entero.

Traduction proposée par un article très complet sur le sujet du Réseau Voltaire :

Le monde appartient à tous, toutefois des minorités, les descendants de ceux-là mêmes qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux-là mêmes qui expulsèrent Bolivar d’ici et le crucifièrent d’une certaine manière à Santa-Marta, en Colombie ; une minorité s’est approprié les richesses du monde ; une minorité s’est approprié l’or de la planète, l’argent, les minéraux, l’eau, les bonnes terres, le pétrole, les richesses donc, et les a concentrées entre quelques mains : moins de 10 % de la population mondiale est propriétaire de plus de la moitié des richesses du monde.

Conclusion : tout était dans les (...). Que dire sinon que le texte de Chavez a été délibérément déformé pour lui donner des connotations antisémites ? Face à de tels agissements, le mot "journalisme" est bien vite remplacé par d'autres qualificatifs : "désinformation", "manipulation", ou "propagande".

Cette histoire aura au moins eu un mérite : si Chavez dérange à ce point, c'est qu'il y a sans doute de bonnes raisons de s'intéresser à ce qui se passe au Vénézuela et qui pourrait bien, qui sait, se propager un peu, du moins en Amérique latine.

Mise à jour : comme d'habitude, Acrimed vient de publier un excellent article qui fait un point complet sur cette affaire.

mercredi 23 mars 2005

Les blogs de lycéens...

... ou encore un exemple de montage en épingle d'un non-événement par les médias. Les articles actuels sur Libération et consorts, c'est un peu comme si vous aviez en une un article sur deux élèves qui se sont fait pincer par une prof en train de s'échanger un papier avec marqué "la prof de français c'est vraiment une salope, et en plus je l'aime pas".

Franchement, qui n'a pas passé une bonne partie de sa vie de collégien à se foutre de la gueule de ses profs et d'une partie de ses camarades (les plus faibles ou dominés en général, y'a pas d'raison) ? "Oui mais nous c'était pas public, ça pouvait pas être vu à Trouilly-sur-Gabelle et à Kyoto !"

Ben voyons... il y a plus d'un million de skyblogs, mais on va dire que s'exprimer là-dessus est public ? Si l'url n'est pas diffusée, certainement pas. Donc ça ne change rien par rapport aux circuits "traditionnels".

Oui mais bon, Internet, c'est vendeur. Et les méchants jeunes qu'ont plus de repères et gnagnagna aussi.

Alors, bon, hein.