Humus numericus

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R, Spip et autres

vendredi 6 février 2009

Déscolarisation

Normand Baillargeon (l'auteur notamment de l'ordre moins le pouvoir, petite introduction à l'histoire et aux idées de l'anarchisme) vient de publier sur son blog un article sur l'éducation à domicile dans le contexte nord-américain. Comme c'est un sujet qui me pose pas mal questions (et qui risque de m'en poser de plus en plus), j'ai pris le temps de rédiger un commentaire du genre "tartine". Du coup, étant un gros flemmard souhaitant rentabiliser au maximum toute calorie dépensée, je le recopie ici-même, tel quel, sans même un texte d'introduction :

Merci pour ce texte très intéressant !

Le versant politique de la question me semble particulièrement délicat, et en tous cas m'interroge. Je précise cependant que je parle dans un contexte français, et que ce qui suit n'aura peut-être guère de sens dans un contexte nord-américain qui m'est totalement étranger...

On connaît notamment depuis les travaux de Bourdieu le rôle fondamental que joue l'école dans la reproduction de la hiérarchie sociale et des rapports de domination, et surtout dans leur légitimation, en faisant croire que certains mériteraient d'occuper des positions sociales "supérieures" du fait de prétendues capacités intellectuelles, alors qu'on sait que la plus grande part de la réussite scolaire provient du capital scolaire des parents et de l'adéquation "naturelle" entre l'univers familial et les attentes du système scolaire. L'école devient donc une instance de reproduction (imparfaite mais bien réelle) du capital scolaire qui légitime ensuite, au nom d'une inexistante "égalité des chances", les inégalités de considération et de rémunérations qui suivent.

Par ailleurs, de nombreux auteurs ont bien pointé le caractère particulièrement violent de l'institution scolaire. En premier lieu vis-à-vis des élèves qui réussissent le moins, et à qui l'on renvoie dès le plus jeune âge et pendant des années une image fortement négative. Mais aussi plus généralement pour l'ensemble des enfants, qui se retrouvent dans un lieu clos, très réglementé, soumis à l'arbitraire de l'enseignant et du travail qu'ils doivent effectuer, et exposés au stress d'une évaluation continue, et parfois continuellement négative.

Face à cette violence, je comprends tout à fait la volonté de sortir les enfants de cette institution et de leur épargner cette épreuve dont on peut penser qu'elle est loin de n'avoir que des effets positifs.

Un des problèmes, il me semble, est que cette démarche n'est possible que pour une petite partie de la population : en résumé, celle qui peut trouver le temps d'éduquer ses enfants, donc qui parvient d'une manière ou d'une autre à trouver des revenus suffisants par ailleurs. Et surtout celle qui dispose du capital scolaire suffisant pour pouvoir se mettre en position "d'éducateur" et se substituer au système scolaire. Car au bout du compte, du moins en France, il y a quand même un "programme" officiel à suivre, et donc des savoirs et compétences proprement scolaires à transmettre, ce qui nécessite une familiarité et une aisance vis-à-vis de ces savoirs et compétences. Au final, j'imagine qu'on retrouvera beaucoup plus d'enfants éduqués à domicile dans des familles à fort capital scolaire que dans des familles populaires.

D'autre part, si l'éducation à domicile peut permettre de contourner et de lutter contre la violence de l'institution scolaire (seulement pour ses propres enfants, mais ce n'est déjà pas rien), elle ne permet pas en elle-même de lutter contre l'aspect "reproduction sociale" de l'école : au final l'objectif du diplôme demeure forcément (il pourrait difficilement en être autrement) et la légitimation de hiérarchies sociales arbitraires également. On pourra à juste titre objecter qu'on ne peut pas demander à une démarche individuelle de remettre en cause les fondements même d'un système social, mais il me semble quand même important de ne pas perdre de vue cet aspect de l'institution scolaire.

Si on additionne ces deux "limites", on aboutit au risque, en caricaturant fortement, de voir dans l'éducation à domicile une démarche réservée à une fraction de la population scolairement privilégiée et lui permettant d'assurer la reproduction de son propre capital scolaire "entre soi" et en laissant le reste de la population, et notamment les moins favorisés, se débrouiller avec une institution scolaire jugée néfaste.

Je ne veux pas dire par là que les personnes qui déscolarisent leurs enfants le font avec cet objectif. La plupart de ceux que je connais personnellement le font avant tout dans l'intérêt de leur enfant et car ils refusent de se soumettre à l'institution scolaire. Il s'agit en ce sens d'une démarche exigeante (en temps et en énergie) et courageuse (car le plus souvent socialement assez mal vu, y compris en France dans des milieux "progressistes"). Mais il reste pour moi ce dilemme entre d'une part la volonté de sortir ses propres enfants de l'école et d'expérimenter des formes alternatives d'apprentissages et d'éducation et d'autre part le risque de donner l'impression de "jouer perso" et de s'offrir une sorte "d'école sur mesure" laissant de côté tous ceux qui n'en ont pas scolairement les moyens.

mercredi 30 avril 2008

Chine, Tibet : pas si simple

Un petit billet rapide pour signaler trois articles apportant un éclairage différent sur les récents événements au Tibet.

Les deux premiers sont des articles du blog de Jean-Luc Mélenchon :

Le dernier est un texte paru sur le blog du Monde diplomatique tenu par Martine Bulard et consacré à l'Asie :

Bonne lecture !

jeudi 20 septembre 2007

Revue de presse numérique instantanée

Etant présentement sur la page d'accueil de Google news, je ne résiste pas au plaisir de vous faire une petite revue de presse des titres affichés à l'instant même, histoire de donner une petite idée de l'air guilleret des temps qui courent.

Une

  • L'Assemblée vote le texte sur l'immigration et l'amendement ADN
  • Martin Hirsch n'est "pas favorable" aux tests ADN

France

  • Sarkozy veut "refonder" la fonction publique
  • Bruno Juillard : «Le gouvernement nous a trompé»
  • Sans-papiers: Les élèves fichés ?

Économie

  • Appel à la grève des cheminots le 17 octobre
  • France : la dette publique pourrait s'alourdir en 2007
  • Pernod Ricard: bénéfice net annuel en hausse

Et à noter aussi, dans la rubrique Culture : Nicolas Sarkozy à 20H00 jeudi sur TF1 et France 2. Ça ne s'invente pas.

lundi 27 août 2007

Une triste nouvelle pour la France...

On a beau dire, ça fait quand même un choc.

Peut-être est-ce parce que je suis lyonnais, donc davantage sensible à cette nouvelle, mais quand même, ça ne peut pas laisser indifférent.

Et oui, je l'ai appris samedi matin, en même temps qu'une France attristée et consternée : Raymond Barre n'était pas mort.

P.S. : toujours sur ce sujet, je ne résiste pas au plaisir de vous retranscrire la question d'une journaliste de France Info à un commentateur sans intérêt : Si Raymond Barre a subi un échec en 1988, d'après vous, est-ce parce qu'il était encore incompris, ou parce qu'il était trop précoce ?

mardi 22 mai 2007

Le gouvernement est en campagne, bordel !

Un petit détail semble échapper à pas mal de monde, et notamment aux grands médias, concernant la situation actuelle du nouveau gouvernement : ça n'est pas un gouvernement en action, c'est un gouvernement en campagne pour les législatives !

Alors évidemment, c'est opération séduction tous azimuts. Le gouvernement est plein de jeunes, de nouvelles têtes et de femmes. Rappelez-vous Juppé et ses juppettes en 95 : tout ça avait dégagé fissa au premier remaniement ministériel. Evidemment on met des cautions "de gauche" plus ou moins scélérates, mais ceux-ci dégageront aussi à la moindre incartade après le 17 juin. Evidemment on fait une réunion préparatoire à une autre réunion avec des ONG travaillant sur l'environnement (et on appelle ça passer à l'action), et la plupart des ONG en question resortent toutes guillerettes.

Mais bordel, y'a les législatives dans trois semaines ! Nous ne sommes pas encore sortis de la période de campagne et de promesses éhontées ! Tout ça disparaîtra rapidement dès cet été !

En attendant, le PS n'a jamais été aussi lamentable, les différents groupuscules d'extrême gauche mettent des candidats partout histoire, si jamais ils dépassaient 1% quelque part, de ramener quelques thunes à leurs organisations moribondes. Et les rares candidatures unitaires galèrent sans moyen et sans véritable dynamique derrière elles, tandis que Bové vient nous demander des sous après s'être barré avec Marie-Ségolène le lendemain du premier tour sans rien demander à personne !

Tout ça nous promet un magnifique raz-de-marée à droite début juin. Et un autre raz de marée de mesures assassines en tous genre dans la foulée.

Tiens, en prévision, l'association lyonnaise Témoins a mis en place une caisse de solidarité à l'échelle de l'agglomération pour anticiper les futures grèves et répressions policières qui iront avec.

jeudi 10 mai 2007

Même Finkielkraut lâche Sarkozy !

Difficile à croire, et pourtant, après seulement quatre jours en tant que même pas encore président, Sarkozy parvient à se faire lâcher par l'un des pseudo-intellectuels les plus à droite qui soit, à savoir ce bon vieux Finky, oui oui, celui-là même qui n'a pas contredit Jean-Claude Milner, invité de son émission sur France Culture, lorsque celui-ci a affirmé que Les héritiers de Bourdieu était un livre antisémite.

Et bien le même Finky clame aujourd'hui à propos de Nicolas Sarkozy : Pendant trois jours, il nous a fait honte.

A lire sur Le Monde :

mardi 7 novembre 2006

Le Village vertical

Le Village vertical est un projet de création d'une coopérative d'habitants sur le Grand Lyon.

L'idée est simple : se regrouper pour construire ou rénover un immeuble dont les loyers seraient peu élevés, soustraits de la spéculation immobilière, géré démocratiquement, comportant des espaces communs mutualisés (grande salle de réunion, chambre d'amis, atelier, terrasse ou jardin...) et une réelle vie de voisinage. Le projet encouragerait la mixité sociale en intégrant des logements réservés à des personnes âgées ou précaires. L'immeuble serait situé à proximité des transports en commun et la construction privilégierait autant que possible matériaux écologiques et énergies renouvelables.

Ce type de projets existe depuis de nombreuses années dans les pays scandinaves ainsi qu'aux Etats-Unis et au Canada. L'idée est de mettre en place une première réalisation à Lyon dans les années qui viennent. Une association a été créée il y a un an et un groupe actif travaille depuis à la concrétisation des différents aspects du projet (foncier, architecture, statut juridique, finances, etc.).

Si vous voulez davantage d'informations, le site web du projet vient d'être mis en ligne :

vendredi 14 avril 2006

Appel à signer pour l'amnistie des anti-CPE

L'Huma vient de sortir un appel pour la libération des personnes interpellées et inculpées au cours du mouvement anti-CPE. Il faut rappeler la manière dont les jeunes ont été arrêtés, le plus souvent violemment et dans un arbitraire quasi-total, et la justice d'abattage qui les a condamnés fréquemment à de la prison ferme de manière expéditive et sans procès équitable.

Et il faut sans cesse rappeler que les violences qui ont eu lieu sont une réponse aux violences gouvernementales (surtout) et policières (parfois) et au mépris qu'on nous a inflogé pendant de longues semaines.

L'appel se trouve là :

http://www.humanite.fr/petition/meta828136

mercredi 29 mars 2006

Après "mangez des pommes", voici "mangez des poules"...

Tout le monde se rappelle du malheureusement célèbre "mangez des pommes" lancé par Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995. Ce célèbre slogan n'était autre que le témoin de la profondeur et de la sincérité d'un projet politique bidon articulé autour du thème de la réduction de la fracture sociale au bénéfice de pauvres dont il avait soudain oublié le bruit et l'odeur. Ce qui, accessoirement, lui avait permis d'être élu.

Et bien Ségolène Royal, l'autoproclamée pseudo-candidate centriste aux prochaines élections présidentielles, vient de tenter une grossière contrefaçon avec une légère variante qu'on pourrait résumer par "mangez des poules". En déplacement dans une foire avicole, elle a en effet exhorté la population française à "sauver la filère avicole" en consommant "deux volailles par semaine". Elle aurait même ajouté : "Henri IV faisait la poule au pot le dimanche, nous on double la mise".

Il serait cependant trop facile d'attirer l'attention sur une déclaration isolée et décontextualisée. Ségolène Royal n'en est pas à son premier coup d'éclat politique. Preuve de sa radicalité de sa pensée et de l'authenticité de son projet politique, elle avait déjà coupé le souffle à l'opposition en annonçant le 7 mars dernier que la région qu'elle préside couperait ses subventions aux entreprises employant des CPE-CNE. Oui, oui, le 7 mars 2006. Alors que les CNE existent depuis le 2 août 2005. On admire l'esprit visionnaire et dénué d'opportunisme. Mais Ségolène va plus loin encore, elle n'hésite pas à dépasser un cadre national étriqué pour aller chercher ses idées loin à l'étranger, par exemple chez Tony Blair, qui n'est autre, je vous le rappelle, que Margaret Thatcher en plus féminin.

Bref. Quel est le projet de Ségolène Royal et du PS pour les présidentielles de 2007 ? Rien. Quelles sont les alternatives qu'elle propose pour lutter contre la pauvreté, le chômage, la précarité ? Rien. Que compte-t-elle faire des 24 milliards d'euros annuels versés aux patrons en réductions de cotisations sociales et qui ne servent à rien ? Rien, justement. Compte-t-elle renationaliser France Telecom, entreprise qui autrefois, publique, gagnait de l'argent tout en employant de nombreuses personnes dans des conditions acceptables, alors qu'aujourd'hui c'est une boîte privée qui perd du fric, nous innonde de pubs et de services inutiles tout en ayant réduit ses effectifs et entraîné une dégradation énorme des conditions de travail ? Apparemment non.

Ségolène Royal n'est, au fond, qu'un reflet. Une image. Un pur artefact médiatique, monté en épingle par des médias qui passent leur temps à s'écouter les uns les autres et à chercher qui mettre en première page de leurs sacs-à-pubs. Mais derrière, il n'y a rien. Niet. Néant. Pas une idée, pas un projet.

Et voilà qu'on commence déjà à nous balancer la question du "vote utile", que quand même, "ça va pas se passer comme en 2002", que cette fois les gens ne vont pas aller se disperser au premier tour et risquer un duel Sarkozy-Le Pen au second. Ben voyons. Si le PS n'a pas de candidat au second tour, ils n'auront à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Cinq ans qu'ils n'avaient que ça à foutre, pondre un projet, des idées, une réflexion, une concertation, bâtir quelque chose de radical et fédérateur. Cinq ans qu'ils n'ont rien fait de tout cela, préférant se faire refaire les dents comme s'ils allaient au concours du salon de l'agriculture.

Voter utile, ça n'est certainement pas voter pour rien.

mardi 21 mars 2006

Quelques réflexions sur le concept d’égalité

Ce texte se veut une participation à l’appel à contribution lancé par le collectif Les mots sont importants sur le thème Qu’est-ce que l’égalité ; il vient d'ailleurs d'être publié sur leur site. Il s’appuie sur des convictions personnelles plus que sur de nombreux auteurs ou références. Il se place dans une perspective qui n’est ni pragmatique ni réaliste mais délibérément utopique. Enfin, il repose sur deux idées principales : l’égalité est une valeur fondamentale et un principe directeur de l’action humaine ; elle n’a de sens réel que si elle se concrétise par une égalité de fait.

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jeudi 10 novembre 2005

Google se tape Villepin (mais sans faire exprès)

Les ratés de l'indexation et de l'association sémantique sont un grand classique du web. On ne compte plus les exemples d'affichages malheureux de publicités "ciblées" tombant tout à fait hors de propos et apparaissant incongrues, voire scandaleuses. On sait aussi que Sarkozy et l'UMP utilisent Google ces jours-ci pour faire leur pub lors de recherches effectuées avec des mots-clés relatifs aux émeutes urbaines.

Et bien si vous mélangez un peu tout ça, vous pouvez obtenir des trucs plutôt rigolos, comme le montre la capture d'écran suivante, qui est certifiée véridique puisque c'est moi qui l'ai faite (et qu'accessoirement vous en trouverez d'autres copies ailleurs). C'est la page d'accueil de Google News France telle qu'elle apparaissait ce matin à 11h45 :

Capture Google

Voilà donc une illustration assez imagée et particulièrement pertinente de la politique du gouvernement en général et concernant les événements récents en particulier. Surtout si vous y ajoutez l'extrait de l'article de Libération qui y est associé et qui explique à propos de Villepin que "sous les marques de fatigue, le regard brille d'excitation".

P.S. : on pourra d'ailleurs remarquer que l'image en question montre une grande flexibilité, si je puis dire, dans le sens où elle semble pouvoir s'adapter à un grand nombre de thèmes d'actualité. De mon point de vue, on aurait sans doute pu la mettre en illustration de la brève précédent celle sur Villepin.

mardi 5 juillet 2005

Alors, pas encore propriétaire ?

Ben qu'est-ce que vous attendez ? Que les prix grimpent encore ? Que les taux remontent ? Bon, je suis pas propriétaire non plus, mais quand même, vous devriez peut-être réfléchir...

Quoi que. quand on lit cette excellente chronique de Pierre Lazuly....

http://www.menteur.com/chronik/050703.html

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