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mardi 1 juillet 2008
Message à l'attention des personnels du CNRS
Par Juba le mardi 1 juillet 2008, 14:01 - Humeur, politique
dimanche 4 février 2007
Redeker chercheur au CNRS censuré par Canal plus ?
Par Juba le dimanche 4 février 2007, 22:03 - Médias
Les petites désinformations et manipulations médiatiques quotidiennes commencent à être connues : l'une des plus classiques est de balancer des informations fausses ou très imprécises en première page pendant des jours, pour finalement publier un petit réctificatif des jours, des semaines ou des années plus tard, quand plus personne ne fait attention. On trouvera plusieurs exemples concernant certaines aggressions ou guet-apens tendus à des poiliciers et qui s'avéraient en fait soit totalement contrefaits, soit des mouvements de révolte spontanés.
Mais ce genre de glissements se retrouvent partout, et si nous n'y prenons garde (autant que possible et dans la mesure de nos moyens), il est très facile de tomber dedans à notre tour.
Deux exemples récents pour illustrer.
Redeker chercheur au CNRS ?
On a un peu parlé ces derniers temps du fait que Robert Redeker, auteur d'une tribune à la limite du racisme dans le Figaro, aurait récemment obtenu la possibilité de travailler au CNRS plutôt que de continuer à enseigner en lycée. Reuters, par exemple, parle de transfert au CNRS. Cette annonce a entraîné des réactions tout à fait justifiées, commentant notamment la difficulté pour nombre de jeunes chercheurs d'intégrer cette institution alors qu'il leur aurait suffit de déblatérer sur l'islam et de se faire menacer de mort dans la foulée.
Or, le CNRS a récemment publié un communiqué nuançant quelque peu la décision qui a été prise. Redeker n'a certainement pas eu de poste de chercheur. Il a demandé une mise à disposition d'un an en tant que professeur agrégé. Et c'est cette mise à dispo, pour une durée limitée, qui a été acceptée. On peut critiquer cette décision, et y voir un privilège accordé arbitrairement à quelqu'un ne le mérite certainement pas, mais il ne s'agit pas non plus d'un "contournement de concours" ou d'une titularisation abusive.
Un reportage de Canal plus sur les OGM interdit d'antenne ?
Le mail suivant circule assez largement ces temps-ci, en tous cas je l'ai reçu.
Voici un reportage de lundi investigation sur Canal très intressant. Il a été interdit d'antenne et ne passera donc jamais sur la chaîne. Regardez-le vite :
http://video.google.fr/videoplay?docid=-8996055986353195886
A diffuser, avant la censure définitive
Le reportage en question est tout à fait intéressant et assez édifiant, il porte sur les manipulation et censures imposées à des études montrant la nocivité sur des rats d'une variété de maïs OGM de Monsanto. Il est donc crédible, dans le contexte actuel, d'imaginer une censure de la part de Canal plus.
Sauf que. Sauf que si on prend la peine de faire une recherche dans Google, on constate que ce reportage n'a absolument pas été censuré. Il a même été diffusé. Et il n'a rien de nouveau puisque sa diffusion date du 15 novembre 2005.
On pourrait remarquer que c'est une bonne manière de faire de la publicité sur un sujet qui souffre certainement de formes de censure médiatique et de désinformation. Mais je ne suis pas sûr qu'il soit très sain ou très indiqué d'utiliser les armes de son adversaire, même si cela peut se révéler éfficace à court terme.
Post Scriptum
Je viens de remettre la main sur le communiqué de presse du CNRS sur Redeker :
Communiqué de la Conférence des présidents du Comité national
Précisions de la CPCN concernant la venue au CNRS du professeur Robert Redeker
Les déclarations de Robert Redeker reprises dans la presse ont pu donner l'impression qu'un poste de chercheur CNRS lui avait été attribué. La Conférence des présidents du Comité national rappelle que ces postes sont exclusivement attribués par concours, après dépôt d'un dossier de candidature examiné par le jury d'admissibilité et le jury d'admission compétents.
Pour la campagne 2007, plus de 6000 dossiers ont été déposés pour 388 postes de chargés de recherche au CNRS ouverts au concours. Robert Redeker ne candidate pas un concours de recrutement. Il a déposé, le 23 dcembre 2006, une demande de mise à disposition au CNRS pour un an, renouvelable en fonction du bilan au terme de cette première anne. Si elle est acceptée, cela lui permettra d'exercer une activité de recherche tout en conservant son statut de professeur agrégé.
vendredi 3 février 2006
Des parasites au CNRS ?
Par Juba le vendredi 3 février 2006, 00:09 - Humeur, politique
Ayant l'immense honneur et fierté de travailler dans cet organisme, j'ai reçu aujourd'hui même le numéro de février 2006 du Journal du CNRS. À première vue, la couverture semble tout à fait banale :

Mais si on y regarde de plus près, il y a quand même un détail rigolo :

Diantre ! Il y aurait des parasites dans les labos du CNRS ? Bon, d'accord, l'article parle en fait de recherches sur les maladies infectieuses et leurs vecteurs de transmission. Mais le raccourci n'est pas totalement dépourvu de pertinence...
Des parasites au CNRS ? Évidemment, des années de propagande anti-fonctionnaires font immédiatement imaginer des feignasses payées à boire le café et à bavasser avec les collègues à longueur de courte journée. Je ne nie d'ailleurs pas que ce genre de cas puisse se rencontrer, mais en général on ferait bien de s'interroger sur le parcours de ces personnes, et notamment sur la reconnaissance de leur travail de la part de leur hiérarchie, avant de juger trop vite. Des gens payés alors qu'ils restent chez eux, il y en aussi. Mais là encore, il s'agit le plus souvent d'une absence de gestion des situations difficiles de la part des ressources humaines de l'organisme, qui préfèrent le plus souvent laisser pourrir les choses plutôt que d'avoir à prendre des décisions.
Quoi qu'il en soit, ce genre de "parasite" n'est certainement pas le plus gênant pour le bon fonctionnement de la recherche française. De même, le fonctionnement administratif du CNRS est tout à fait correct. Même si tout est perfectible et que les évolutions vont rarement dans le bon sens ces temps-ci, n'empêche que les salaires sont versés à temps, il y a un vrai service de formation permanente, l'équivalent d'un comité d'action sociale, et tout cela tourne en définitive plutôt bien (même s'il faudrait sans doute nuancer sur les ressources humaines), surtout si on considère l'équivalent dans l'éducation nationale, par exemple. Et c'est justement cet aspect relativement correct du fonctionnement du CNRS auquel voulait s'attaquer l'ancien directeur éjecté en rajoutant encore des couches de hiérarchie supplémentaires et inutiles à différents niveaux.
Mais il y a malheureusement des niveaux où ça peut coincer beaucoup plus. Je ne parlerai que de ce que je connais un peu, c'est à dire le domaine des sciences humaines, mais là où les choses posent vraiment problème, c'est au niveau scientifique, lorsque celui-ci se mélange au politique, ce qui est malheureusement très souvent le cas, surtout en sciences de l'homme.
Un laboratoire du CNRS est en fait une unité dirigée par un directeur, le plus souvent un chercheur membre du labo. Celui-ci dispose de pouvoir importants, notamment sur l'évaluation des personnels et la gestion des budgets, mais les taches administratives prennent tellement de temps qu'il ne reste plus grand-chose pour faire de la recherche. On a donc souvent deux types de directeurs d'unité possibles :
- ou bien il s'agit d'un scientifique très reconnu qui s'impose "naturellement" à la tête du laboratoire de par sa réputation. C'est sans doute le moins pire des cas, encore que scientifique et gestionnaire d'équipe ne sont pas forcément des termes équivalents ;
- ou bien il s'agit de personnes n'étant pas parvenu à faire carrière par la qualité de leur travail de recherche, et qui se rabattent alors sur l'aspect administrativo-poltique pour conquérir du pouvoir et obtenir des promotions. Dans ce cas, c'est en général mauvais signe pour la suite des événements.
Par ailleurs, un concept très à la mode actuellement dans la recherche publique et ailleurs est celui de "mutualisation" : en gros, il s'agit de mettre en commun des moyens et des personnels jusque là éparpillés pour faire une grosse équipe prétendument plus efficace et surtout qui coûtera moins cher. J'ai eu l'occasion de connaître déjà deux expériences de ce type, et dans les deux cas les résultats sont désastreux. Il s'agit en fait de projets :
- toujours orientés "nouvelles technologies" (c'est vendeur) ;
- montés par des personnes ne connaissant pas grand-chose auxdites "nouvelles technologies" ;
- qui adorent se parer des derniers concepts à la mode en termes de "gestion de projet" et autres "travail en réseau". Ces concepts sont évidemment totalement creux ;
- bénéficiant de budgets importants voire carrément délirants, qui suscitent des convoitises fortes, entraînent des batailles politiques dévastatrices et engendrent parfois du copinage à la limite de la légalité ;
- coupés de l'activité de recherche (il n'y a pas de chercheurs dans ces unités) et qui finissent rapidement par oublier toute finalité réelle pour tourner en rond et mieux se concentrer sur les guéguerres de pouvoir ;
- très mal gérés, notamment en ce qui concerne le personnel (souvent contractuel) et la reconnaissance de leur travail puisque les équipes dirigeantes sont avant tout préoccupées par leurs batailles de tranchées de salon ;
- qui finissent en fiasco et en gaspillage d'argent public.
La pseudo-rationalisation des moyens et de l'organisation finit donc à l'exact opposé de ses prétendus objectifs. Là où on avait une organisation certes relativement éparpillée mais avec un fonctionnement "de proximité", proche de l'activité de recherche et basée sur des personnels statutaires, on finit par des mastodontes prétentieux débordant de moyens et pris d'assauts par les personnes parmi les plus carriéristes et rarement parmi les meilleurs chercheurs.
Les parasites ne sont pas toujours ceux qu'on croit...
