Humus numericus

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

R, Spip et autres

Mot-clé - médias

Fil des billets

mardi 6 janvier 2009

Gaza de l'intérieur

Bien évidemment, inutile de compter sur les grands médias pour avoir une information claire sur la situation à Gaza. Ceux-ci sont toujours aussi experts dans l'art de rendre les guerres propres et de mettre sur le même plan l'agresseur et l'agressé sous prétexte d'équité ou d'objectivité.

Il y a cependant quelques sources disponibles pour avoir une vision (d'horreur) "de l'intérieur" de ce qui se passe actuellement dans ce qui est sans doute la plus grande et la plus dense prison à ciel ouvert du monde. Certains blogueurs de Gaza parviennent encore à transmettre des informations, d'autres retransmettent des échanges téléphoniques tant que le réseau tient encore. C'est le cas par exemple de Laila El-Haddad, actuellement aux Etats-Unis et en contact fragile avec ses parents sur place :

En français, on trouvera des informations et des photos particulièrement dures sur le blog d'Ibn Kafka :

Global Voices Online permet d'avoir une synthèse de différents blogues. On lira en particulier les sélections et traductions d'Ayesha Saldanha :

Et en particulier les deux articles suivants :

Le deuxième article est disponible en français :

Enfin, un blog a été mis en place par des groupes israéliens de défense des droits de l'Homme (dont B'Tselem) pour recenser les victimes civiles de ce massacre :

Face à tous ces récits, ces hommes, ces femmes et ces enfants terrorisés, mutilés, massacrés, face au soutien direct des Etats-Unis à cette atrocité, face au discours de notre président rejetant la responsabilité de ce qui arrive sur le Hamas, face à tout cela, je reste perplexe et j'hésite.

Dois-je vomir ou pleurer ?

jeudi 20 septembre 2007

Revue de presse numérique instantanée

Etant présentement sur la page d'accueil de Google news, je ne résiste pas au plaisir de vous faire une petite revue de presse des titres affichés à l'instant même, histoire de donner une petite idée de l'air guilleret des temps qui courent.

Une

  • L'Assemblée vote le texte sur l'immigration et l'amendement ADN
  • Martin Hirsch n'est "pas favorable" aux tests ADN

France

  • Sarkozy veut "refonder" la fonction publique
  • Bruno Juillard : «Le gouvernement nous a trompé»
  • Sans-papiers: Les élèves fichés ?

Économie

  • Appel à la grève des cheminots le 17 octobre
  • France : la dette publique pourrait s'alourdir en 2007
  • Pernod Ricard: bénéfice net annuel en hausse

Et à noter aussi, dans la rubrique Culture : Nicolas Sarkozy à 20H00 jeudi sur TF1 et France 2. Ça ne s'invente pas.

vendredi 15 juin 2007

Un attentat américain déjoué au G8 : désinformation au Réseau voltaire ?

En ouvrant mon lecteur RSS favori ce matin, un article du grandsoir.info a immédiatement attiré mon attention. Intitulé La police allemande déjoue une tentative d’attentat états-unienne contre le G8, il s'agissait en fait d'un lien vers un article du Réseau voltaire qui commence de la sorte :

Deutsche Presse-Agentur et Agenzia Giornalistica Italia rapportaient jeudi 7 juin 2007 que la police allemande avait surpris des « hommes des services de sécurité US (…) tentant de dissimuler des explosifs militaires C4 à travers un point de contrôle à Heiligendamm » où se tenait le sommet du G8. Après que la valise contenant la charge explosive a été détectée par les appareils de contrôle, précisent les agences, les agents états-uniens, habillés en civil, se sont immédiatement identifiés. La police allemande a refusé de commenter cet événement (voir dépêches ci-dessous).

Suivent deux paragraphes de commentaires évoquant la similitude de cet incident avec d'autres faits déjà évoqués par le Réseau voltaire, puis le texte des deux dépêches des agences allemandes et italiennes évoquées.

Diantre, se dit-on. Ca paraît plutôt sérieux. D'autant qu'après quelques recherches Google, on arrive à retrouver le texte des dépêches en question sur certains journaux. Par contre, aucun relais apparent dans les grands médias. Tout cela donne évidemment envie de replonger dans toutes les théories autour du 11-Septembre, sur lesquelles le Réseau voltaire est en pointe. C'est ce que font par exemple les commentaires de l'article de Bellaciao, qui est un des rares à avoir relayé l'info.

Oui, mais.

Oui, mais il semble que personne ne se soit donné la peine d'essayer de traduire les dépêches en question. Mon niveau en allemand n'est pas fortiche, mais en gros la dépêche allemande, qui était la suivante :

Amerikaner testeten G8-Kontrollen mit « Sprengstoff-Schmuggel »

Rostock (dpa) - US-Sicherheitskräfte haben die Kontrollen um den G8-Gipfel in Heiligendamm nach dpa-Informationen mit dem Transport einer geringen Menge Sprengstoff getestet. Der in einem Koffer versteckte Plastiksprengstoff sei von den deutschen Beamten an einer Kontrollstelle in einem Auto entdeckt worden, erfuhr die dpa. Obwohl es sich um eine « sehr kleine Menge » gehandelt habe, schlug demnach die Durchleuchtungstechnik Alarm. Daraufhin hätten sich die zivil gekleideten Insassen als US-Sicherheitskräfte zu erkennen gegeben.

Correspond à quelque chose comme ça (désolé, c'est assez approximatif) :

Les américains ont testé les contrôles du G8 avec de « l'explosif de contrebande »

Rostock (dpa) - des forces de sécurité américaines ont testé les contrôles autour du sommet du G8 à un barrage à Heiligendamm, d'après des informations de la dpa, avec le transport d'une faible quantité d'explosif. L'explosif de type plastic dissimulé dans une valise a été découvert dans une voiture lors d'un contrôle par les fonctionnaires allemands, d'après la dpa. Bien qu'il se soit agi « d'une quantité très petite », la technique de détection a permis de donner l'alarme. Les personnes habillées en civil se seraient alors identifiées comme membres des forces de sécurité américaines.

Je vous fais grâce de la traduction de la dépêche italienne : elle est quasiment identique au mot près.

On est donc très loin du titre de l'article du Réseau voltaire : à la place d'un attentat manqué, on a seulement un exercice de sécurité ayant mobilisé une quantité très petite d'explosif. Certes on pourra toujours objecter qu'il s'agissait peut-être d'une vraie tentative d'attentat, que les agents américains pourraient avoir fait passer ça pour un exercice après avoir été repérés, etc. etc. Il n'empêche que rien dans les dépêches en question ne permet d'étayer pareille thèse. De même, quand le Réseau voltaire affirme que la police allemande a refusé de commenter cet événement, on se demande bien où ils sont allés chercher cette information. En tous cas la source n'est pas citée.

La question n'est pas de savoir si le terrorisme d'Etat existe ou non (la question ne se pose même pas) ou s'il est actuellement utilisé par les grandes puissances pour justifier différentes interventions militaires ou des restrictions des libertés publiques. La question est de savoir s'il est acceptable d'avoir recours à ce qui n'est autre que de la désinformation.

Car dans le cas présent, on ne peut raisonnablement mettre cet article du Réseau voltaire sur le compte de la seule maladresse.

mardi 22 mai 2007

Le gouvernement est en campagne, bordel !

Un petit détail semble échapper à pas mal de monde, et notamment aux grands médias, concernant la situation actuelle du nouveau gouvernement : ça n'est pas un gouvernement en action, c'est un gouvernement en campagne pour les législatives !

Alors évidemment, c'est opération séduction tous azimuts. Le gouvernement est plein de jeunes, de nouvelles têtes et de femmes. Rappelez-vous Juppé et ses juppettes en 95 : tout ça avait dégagé fissa au premier remaniement ministériel. Evidemment on met des cautions "de gauche" plus ou moins scélérates, mais ceux-ci dégageront aussi à la moindre incartade après le 17 juin. Evidemment on fait une réunion préparatoire à une autre réunion avec des ONG travaillant sur l'environnement (et on appelle ça passer à l'action), et la plupart des ONG en question resortent toutes guillerettes.

Mais bordel, y'a les législatives dans trois semaines ! Nous ne sommes pas encore sortis de la période de campagne et de promesses éhontées ! Tout ça disparaîtra rapidement dès cet été !

En attendant, le PS n'a jamais été aussi lamentable, les différents groupuscules d'extrême gauche mettent des candidats partout histoire, si jamais ils dépassaient 1% quelque part, de ramener quelques thunes à leurs organisations moribondes. Et les rares candidatures unitaires galèrent sans moyen et sans véritable dynamique derrière elles, tandis que Bové vient nous demander des sous après s'être barré avec Marie-Ségolène le lendemain du premier tour sans rien demander à personne !

Tout ça nous promet un magnifique raz-de-marée à droite début juin. Et un autre raz de marée de mesures assassines en tous genre dans la foulée.

Tiens, en prévision, l'association lyonnaise Témoins a mis en place une caisse de solidarité à l'échelle de l'agglomération pour anticiper les futures grèves et répressions policières qui iront avec.

samedi 17 mars 2007

Encore un lapsus médiatique...

Et cette fois-ci c'est le Nouvel observateur qui nous l'offre, dans un article consacré à la fin de la course aux parrainages, et plus particulièrement la photo suivante qui l'accompagne :

Photo Bové

Bon, on remarquera que la photo n'est pas franchement à l'avantage de notre candidat moustachu. Il a tendance à ressembler un peu à Gérard Depardieu jouant Obélix après avoir abusé de son Château-Lathune. Mais le plus rigolo, c'est quand même la légende de la photo. C'est à ce genre de petit détail qu'on reconnaît la manière dont certains journalistes perçoivent les habitants des quartiers populaires et certains de leurs porte-paroles potentiels.

En passant, ça me rappelle une remarque de Bernard Lahire qui, dans L'invention de l'illettrisme, s'étonnait du nombre de personnes qui remplacent "analphabète" par "analphabête".

mardi 23 janvier 2007

Petite règle médiatique de base

Cette règle pourrait s'énoncer de la manière suivante :

Tout sujet ou personne fortement médiatisé sans être dénigré ne remet pas en cause le système actuel et la structure des rapports de domination

Ça peut paraître évident, mais je trouve que c'est un petit principe intéressant à garder en tête, notamment lorsqu'on écoute la radio ou qu'on regarde la télé. Prenons quelques exemples récents pour illustrer.

Les enfants de Don Quichotte

On peut quand même s'étonner qu'une association à l'histoire relativement courte parvienne avec l'aide de quelques tentes Decathlon à faire la une des médias pendant plusieurs jours. De même, lorsque l'association en question rédige une charte et que celle-ci est signée par différents candidats, de "gauche" comme de droite, on se dit que le document en question ne doit pas être trop dérangeant. Et lorsque l'assoce plie bagage dès les premières déclarations ministérielles, on comprend mieux. Il est à parier d'ailleurs que nous n'en entendrons plus parler.

A l'inverse, des associations comme Droit au logement, qui existent et agissent depuis des années, avec une vision politique globale de la question du logement, n'est quasiment jamais médiatisée lorsqu'elle effectue des actions sur le terrain, sauf lorsqu'il s'agit d'occupations d'immeubles visibles. Pourtant leurs activités ne se limitent pas à ça, comme j'ai eu l'occasion de le constater lors d'un mouvement pour le relogement d'explusés à Saint-Ouen, par exemple.

Nicolas Hulot

La similitude avec l'exemple précédent est frappante. Montée en puissance médiatique très rapide, maintien en une pendant une période relativement longue, une charte signée par quasiment tous les candidats, et une non-candidature qui fait que les effets de tout ça ne seront au final que purement médiatiques. Là aussi, on a une écologie "ramolo-libérale", sans remise en question fondamentale de nos modes de vie. Pour une critique parfaitement argumentée, je me contenterai de renvoyer à l'excellent article de Sophie Divry.

L'abbé Pierre

Ben oui. Pas facile de s'attaquer à une icône, et je ne nie pas qu'il a accompli un tas de choses très intéressantes. Mais coco des bois le dit bien :

Il n'a pas été nuisible, il a joué son rôle, et a contribué à endormir les gens, tant que des gens comme ça existent, comme tu dis, pas de révolte, et on peut continuer à se goinfrer, consommer et produire, PS et UMP lui rendront hommage pour leur avoir permis de continuer à flinguer la planète en paix.

Etc., etc.

A l'inverse, tout ce qui va réellement à l'encontre des intérêts dominants et médiatiques (qui sont le plus souvent les mêmes) est soit totalement occulté, soit largement critiqué et diffamé. On pourra citer :

  • La critique des médias (Acrimed, Le Plan B...) ;
  • L'action de Chavez au Venezuela ;
  • La révolte des banlieues de novembre 2005 ;
  • La campagne du non au Traité constitutionnel européen ;
  • etc.

Mais ce qui est intéressant avec cette règle, c'est qu'elle peut aussi aider à réaliser que certains sujets qui peuvent nous sembler importants à première vue ne doivent pas être si méchants que ça puisqu'ils sont largement médiatisés. Petite liste indicative :

  • les campagnes électorales, notamment les présidentielles, et tout particulièrement les candidats les plus exposés ;
  • le tri sélectif ;
  • le fait de s'inscrire sur les listes électorales et d'aller voter ;
  • etc., etc., etc.

Je vous laisse compléter vous-mêmes ces différentes listes selon le va-et-vient des sujets médiatisés.

Note : on peut aussi relever le caractère d'alibi que revêtent ces médiatisations politiquement anodines. Quand on a parlé des enfants de Don Quichotte, on a parlé des SDF. Quand on a parlé de Hulot ou du tri sélectif, on a parlé de la protection de l'environnement. Quand on a parlé de l'abbé Pierre, on a parlé des pauvres. Mais dans tous les cas, on s'est bien gardé de remettre en cause les fondements du système, les causes des inégalités, et on a aussi évité d'aller interroger directement les personnes concernées en privilégiant des porte-paroles médiatiques et médiateurs d'une réalité qu'on continue à cacher malgré les apparences. En définitive, on aura plus vu et retenu les tentes Decathlon que ceux qui ont dormi à l'intérieur.

mardi 6 juin 2006

Ségolène Royal ou le délire journalistique

J'ai l'impression que ce qui se passe médiatiquement parlant autour de Ségolène Royal est particulièrement emblématique de l'accroissement de dérives journalistiques qui ne datent pourtant pas d'hier.

L'exposition médiatique dont bénéficie la bougresse est proprement ahurissante. Plus ça va, et plus chacun de ses faits et gestes sont systématiquement disséqués à la recherche de petites phrases entraînant des heures de commentaires et de faux débats. Sa visibilité est supérieure à celle de tous les autres candidats potentiels, qu'ils soient du PS ou non. Le camp médiatique semble (pour l'instant) avoir choisi son camp, ce qui, au passage, en dit long sur le degré de subversion et de dangerosité des Royalistes.

Un premier phénomène bien connu et intéressant à observer est celui de la pompe qui s'auto-alimente. On ne parle que de Ségolène Royal, on ne voit que Ségolène Royal, et ensuite on demande à des instituts de sondage de téléphoner rapido à 900 français pseudo-représentatifs pour leur demander qui ils verraient plutôt comme candidats socialos. Et là, incroyable, la majorité répond "Ségolène Royal". Evidemment pas par conviction, mais qu'est-ce que vous voulez répondre d'autre si vous n'êtes pas vous-mêmes membre du PS et partisan d'un autre candidat ? Que répondraient des sympathisants de droite à la question "Quel est pour vous le meilleur candidat aux présidentielles de Lutte ouvrière" ?

La déferlante médiatique qui a suivi les propos ségolènistes sur la délinquance des mineurs s'inscrit dans cette dynamique-là. Sans revenir sur le fond du problème (certains l'ont déjà très bien fait), au moins cette réaction pouvait se pseudo-justifier par l'étonnement de trouver des idées d'extrême-droite chez un candidat que seuls les médias désignent encore comme de gauche.

Mais là où ça devient à mon avis proprement phénoménal, c'est la réaction qui a suivi concernant les propos Royalistes sur les 35 heures. J'ai un peu écouté la radio hier soir, et la publication de quelques lignes à ce sujet sur le site web (prétentieux) de la présidentiable a fait la une de presque tous les flashs infos. Mais ce qui m'a le plus frappé, c'est l'absence totale d'analyse des propos en question : en général, l'info consistait à dire "Ségolène Royal a critiqué les 35 heures", parfois on avait droit à la précision "car elle estime que la mesure a été défavorable aux plus fragiles", pour ensuite enchaîner directement sur des réactions politiques, notamment de l'UMP se félicitant que l'égérie socialiste se rapproche encore un peu plus du programme de Sarkozy.

Et là, franchement, il y a quelque chose de totalement absurde. Car si on regarde ce qu'a réellement écrit Ségolène Royal sur les 35 heures, et même si ça me fait mal de le dire, et bien c'est loin d'être con. C'est même de mon point de vue tout à fait exact. Je suis personnellement satisfait des 35 heures, comme la plupart des "cadres", car j'ai droit à mes jours de RTT supplémentaires sans augmentation de cadence particulière. Mais ça n'est évidemment pas le cas de ceux qui ont vu cette soit-disant avancée sociale s'accompagner d'un passage aux trois-huit, en horaires décalsé, ou d'une annualisation du temps de travail. Tout ceci avait déjà été largement dénoncé par la "vraie" gauche au moment de la mise en place des trente-cinq heures, et l'est encore de manière très convaincante à l'intérieur même du PS, par des gens qui ont la particularité de savoir de quoi ils parlent.

Les propos Royalistes sur les 35 heures n'ont donc rien à voir avec ceux qu'elle a tenu sur la délinquance des mineurs. Ils en sont même le parfait opposé. Mais aucun média de masse n'a eu l'air de s'en apercevoir : c'est proprement effarant. C'est comme si le neurone journalistique collectif, convaincu trois jours auparavant que Ségolène Royal était devenu sarkozyste, était incapable d'analyser un nouvel élément allant dans une autre direction. Ceci en dit (encore un peu plus) long sur la manière dont les médias peuvent parfaitement nier la réalité la plus évidente si celle-ci ne cadre pas exactement avec leur vision du monde a très court terme.

À ce niveau-là, on ne peut même plus qualifier la pensée journalistique de masse de désert : le Sahara parvient encore, lui, à abriter certaines formes de vie.

jeudi 18 mai 2006

« Pour un monde plus juste, faites vos courses »

« Pour un monde plus juste, faites vos courses ». Cette phrase semble tout droit sortie du demi-cerveau d'un étudiant fraîchement émoulu d'une école de marketing qui aurait trouvé un stage de communicant chez Carrefour. Et bien non. Ou en fait, peut-être que si, sauf qu'il ne s'agit pas d'une pub pour Carrefour, mais d'une réclame pour Max Havelaar, « le label qui garantit le commerce equitable ». Et cette pub se trouve en dernière page du dernier Monde diplo, dont on apprend qu'il a d'ailleurs offert ce magnifique espace publicitaire a notre subversif annonceur. Trop sympa.

En dessous de ce slogan d'anthologie, on trouve en petits caractères le développement de la pensée de son auteur :

« Parce que les grands changements commencent par des gestes simples, ... »

Celle-là doit être à la page quatre du manuel des poncifs les plus éculés. Ça me rappelle les discours du type « oui mais pour changer la société, faudrait d'abord changer les gens » (sous entendu les autres). Et en attendant que ces salauds se décident à changer, je peux continuer à jouer en bourse l'esprit léger. Bref. Vous en connaissez beaucoup, vous, des grands changements qui ont commencé par des petits gestes ? 1789 ? La conquête des droits syndicaux ? Le front populaire ?

« ... grace a votre participation active au commerce équitable, ... »

C'est quoi une participation « active » au commerce équitable ? Monter une association ? Être bénévole ou militant dans un mouvement ? Signer des pétitions, écrire aux élus, boycotter les multinationales ? En fait, non. Tout cela est précisé dans la phrase d'après : « Café, chocolat, banane, jus de fruit, riz, vêtements en coton... sont autant de produits que vous pouvez acheter dans votre point de vente habituel ». Voilà. C'est ça une participation active : acheter les produits qu'on achète d'habitude, et au même endroit que d'habitude. Je consomme autant et pareil, je fais mes courses avec ma bagnole dans un hypermarché qui écrase les producteurs, vend de la merde inutile a prix d'or tout en bafouant les droits de ses salariés, et mine que rien, sans même vraiment m'en rendre compte, en fait, là, en mettant mon paquet de café dans mon caddy, je fais la révolution. Acheter des bananes avec le logo Max Havelaar dessus, c'est un peu comme si je montais une barricade au rayon charcuterie.

« ... vous contribuez à rendre le monde plus juste et donc plus égal. »

Acheter équitable aiderait donc à rendre le monde plus juste. Ça se discute (moins injuste serait sans doute plus exact), mais à la rigueur. Mais admirez le glissement sémantique : « et donc plus égal ». Alors là, non. Si on passe outre le fait qu'un « monde plus égal » ne veut strictement rien dire, on notera quand même que la confusion des notions de justice, d'équité et d'égalité est un procédé réthorique assez classique et pernicieux. Car Max Havelaar fait du commerce équitable, pas du commerce égalitaire. Son objectif n'est pas de fournir aux paysans du sud un niveau de vie égal à celui des consommateurs du nord, mais juste de lui permettre « de vivre de leur travail ». Il n'y a là rien de subversif, on pourrait même en forçant un peu le trait l'interpréter comme une manière de prolonger indirectement la durée de vie du système en évitant qu'il ne s'autodétruise par anéantissement des forces de travail les plus exploitées.

Tout cela me rappelle un article récent de CQFD sur le tri sélectif : par des « gestes simples », chacun a l'impression de faire quelque chose pour l'environnement. Et au final, le résultat est que des entreprises en profitent pour se créer des nouveaux marchés, d'autres évitent de voir remettre en question leur pratique de marketing et d'emballage à tout va, la société de consommation peut continuer à obésiter tranquille, tandis qu'en définitive très peu de déchêts sont réellement recyclés et qu'on continue a construire des incinérateurs géants.

À l'automne dernier, quand je suis allé chez l'Artisans du monde du quartier pour acheter mon huile d'olive et mon chocolat, j'avais été frappé par une remarque lancée par une mémé bénévole sur le seuil du magasin : « et n'oubliez pas de revenir pour Noël, on aura plein de choses intéressantes ! ». Quel peut bien être le sens d'un engagement dont l'objectif principal devient de faire du chiffre, comme n'importe quelle boîte privée ?

On sait bien qu'une des grandes forces du capitalisme, qui explique en partie sa longévité, est sa capacité à absorber et à intégrer ses adversaires. Et bien ça y'est, je crois que le commerce équitable a bel et bien été machouillé, avalé, et digéré.

mercredi 29 mars 2006

Après "mangez des pommes", voici "mangez des poules"...

Tout le monde se rappelle du malheureusement célèbre "mangez des pommes" lancé par Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995. Ce célèbre slogan n'était autre que le témoin de la profondeur et de la sincérité d'un projet politique bidon articulé autour du thème de la réduction de la fracture sociale au bénéfice de pauvres dont il avait soudain oublié le bruit et l'odeur. Ce qui, accessoirement, lui avait permis d'être élu.

Et bien Ségolène Royal, l'autoproclamée pseudo-candidate centriste aux prochaines élections présidentielles, vient de tenter une grossière contrefaçon avec une légère variante qu'on pourrait résumer par "mangez des poules". En déplacement dans une foire avicole, elle a en effet exhorté la population française à "sauver la filère avicole" en consommant "deux volailles par semaine". Elle aurait même ajouté : "Henri IV faisait la poule au pot le dimanche, nous on double la mise".

Il serait cependant trop facile d'attirer l'attention sur une déclaration isolée et décontextualisée. Ségolène Royal n'en est pas à son premier coup d'éclat politique. Preuve de sa radicalité de sa pensée et de l'authenticité de son projet politique, elle avait déjà coupé le souffle à l'opposition en annonçant le 7 mars dernier que la région qu'elle préside couperait ses subventions aux entreprises employant des CPE-CNE. Oui, oui, le 7 mars 2006. Alors que les CNE existent depuis le 2 août 2005. On admire l'esprit visionnaire et dénué d'opportunisme. Mais Ségolène va plus loin encore, elle n'hésite pas à dépasser un cadre national étriqué pour aller chercher ses idées loin à l'étranger, par exemple chez Tony Blair, qui n'est autre, je vous le rappelle, que Margaret Thatcher en plus féminin.

Bref. Quel est le projet de Ségolène Royal et du PS pour les présidentielles de 2007 ? Rien. Quelles sont les alternatives qu'elle propose pour lutter contre la pauvreté, le chômage, la précarité ? Rien. Que compte-t-elle faire des 24 milliards d'euros annuels versés aux patrons en réductions de cotisations sociales et qui ne servent à rien ? Rien, justement. Compte-t-elle renationaliser France Telecom, entreprise qui autrefois, publique, gagnait de l'argent tout en employant de nombreuses personnes dans des conditions acceptables, alors qu'aujourd'hui c'est une boîte privée qui perd du fric, nous innonde de pubs et de services inutiles tout en ayant réduit ses effectifs et entraîné une dégradation énorme des conditions de travail ? Apparemment non.

Ségolène Royal n'est, au fond, qu'un reflet. Une image. Un pur artefact médiatique, monté en épingle par des médias qui passent leur temps à s'écouter les uns les autres et à chercher qui mettre en première page de leurs sacs-à-pubs. Mais derrière, il n'y a rien. Niet. Néant. Pas une idée, pas un projet.

Et voilà qu'on commence déjà à nous balancer la question du "vote utile", que quand même, "ça va pas se passer comme en 2002", que cette fois les gens ne vont pas aller se disperser au premier tour et risquer un duel Sarkozy-Le Pen au second. Ben voyons. Si le PS n'a pas de candidat au second tour, ils n'auront à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Cinq ans qu'ils n'avaient que ça à foutre, pondre un projet, des idées, une réflexion, une concertation, bâtir quelque chose de radical et fédérateur. Cinq ans qu'ils n'ont rien fait de tout cela, préférant se faire refaire les dents comme s'ils allaient au concours du salon de l'agriculture.

Voter utile, ça n'est certainement pas voter pour rien.

samedi 11 mars 2006

Le plan B est sorti !

Ayé ! Je viens enfin de recevoir le premier numéro du Plan B.

Qu'est-ce-que c'est que ça ? C'est un nouveau journal de critique des médias et d'enquêtes sociales, qui est en fait né de la fusion de deux excellents journaux, à savoir PLPL et Fakir.

Le premier numéro est à la hauteur des espérances. Toujours dans le ton de PLPL, avec encore plus de pages et davantage d'articles de fond tout aussi intéressants et bien documentés.

Histoire d'avoir un petit aperçu, je vous fais un copier/coller de la rubrique Chiffres & délices :

- Nombre moyen d'Allemands de l'Est tués chaque année en tentant de passer à l'Ouest entre 1961 et 1989 : 19.
- Nombre moyen de mexicains morts chaque année depuis 2000 en tentant de passer aux États-Unis : 407.

- Nombre total d'invités en 2005 dans les émissions Campus (France 2), Culture et dépendances (France 3), Mots croisés (France 2) et Ripostes (France 5) : 621.
- Nombre de cadres et professions intellectuelles supérieures invités : 570.
- Nombre d'ouvriers et d'employés invités : 1.

- Nombre de journalistes tués dans le monde en 2005 : 63.
- Nombre de syndicalistes tués dans le monde en 2005 : 145.

mardi 10 janvier 2006

Chavez antisémite ? ou de la désinformation à Libération et au Monde

Peut-être êtes-vous, comme moi, tombés sur l'article de Libération du 9 janvier dernier et délicatement intitulé Le credo antisémite de Hugo Chávez. Dans ce texte signé Jean-Hébert Armengaud, on y apprend que le président vénézuelien aurait prononcé à Noël un discours dont un passage comporterait des connotations fortement antisémites, qu'on en juge :

il se trouve qu'une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (...) s'est emparée des richesses du monde (...) et a concentré ces richesses entre quelques mains.

J'avoue qu'à la lecture de cette phrase, mon opinion a quelque peu vacillée. Ce fut même plutôt un coup dur quand on pense que ce qui se passe actuellement au Vénézuela (et peut-être bientôt en Bolivie) est une des rares raisons de rester optimistes actuellement.

Le lendemain, c'est au tour du Monde de titrer sur le même sujet : le centre Wiesenthal accuse M. Chavez d'antisémitisme. Cette fois-ci, la citation est légèrement plus longue :

Il y a dans le monde de quoi satisfaire les besoins de tout le monde, mais (il y a) des minorités, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, les descendants de ceux-là même qui ont expulsé Bolivar d'ici et qui l'ont crucifié à sa manière à Santa Marta en Colombie. Une minorité s'est appropriée des richesses du monde.

Cette fois, la citation est un peu plus ambiguë, et on se demande un peu (et l'article le fait également) ce que les juifs auraient à voir avec Simon Bolivar. La conclusion du texte est un peu plus nuancée que celui de Libération, mais on imagine ce qu'en ont pensé ceux qui n'ont lu que le titre de l'article.

En fait, la citation exacte est beaucoup plus longue. Comme l'indique un billet du blogue de Jean-Luc Mélenchon, le texte complet du discours est téléchargeable sur Internet sous la forme d'un document PDF. On découvre alors, page 18, le passage incriminé :

El mundo tiene para todos, pues, pero resulta que unas minorías, los descendientes de los mismos que crucificaron a Cristo, los descendientes de los mismos que echaron a Bolívar de aquí y también lo crucificaron a su manera en Santa Marta, allá en Colombia. Una minoría se adueñó de las riquezas del mundo, una minoría se adueñó del oro del planeta, de la plata, de los minerales, de las aguas, de las tierras buenas, del petróleo, de las riquezas, pues, y han concentrado las riquezas en pocas manos: menos del diez por ciento de la población del mundo es dueña de más de la mitad de la riqueza de todo el mundo y a la... más de la mitad de los pobladores del planeta son pobres y cada día hay más pobres en el mundo entero.

Traduction proposée par un article très complet sur le sujet du Réseau Voltaire :

Le monde appartient à tous, toutefois des minorités, les descendants de ceux-là mêmes qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux-là mêmes qui expulsèrent Bolivar d’ici et le crucifièrent d’une certaine manière à Santa-Marta, en Colombie ; une minorité s’est approprié les richesses du monde ; une minorité s’est approprié l’or de la planète, l’argent, les minéraux, l’eau, les bonnes terres, le pétrole, les richesses donc, et les a concentrées entre quelques mains : moins de 10 % de la population mondiale est propriétaire de plus de la moitié des richesses du monde.

Conclusion : tout était dans les (...). Que dire sinon que le texte de Chavez a été délibérément déformé pour lui donner des connotations antisémites ? Face à de tels agissements, le mot "journalisme" est bien vite remplacé par d'autres qualificatifs : "désinformation", "manipulation", ou "propagande".

Cette histoire aura au moins eu un mérite : si Chavez dérange à ce point, c'est qu'il y a sans doute de bonnes raisons de s'intéresser à ce qui se passe au Vénézuela et qui pourrait bien, qui sait, se propager un peu, du moins en Amérique latine.

Mise à jour : comme d'habitude, Acrimed vient de publier un excellent article qui fait un point complet sur cette affaire.

mardi 2 août 2005

BHL contre Kim Jong-Il

Quand on lit une récente dépêche de Reuters sur la Corée du Nord, on ne peut s'empêcher de sourire (jaune) à la propagande d'une des dictatures actuelles les plus sinistrement caricaturales qui explique que son leader, Kim Jong-Il, outre le fait d'avoir une mémoire surnaturelle (il se souvient de toutes les lignes de code informatique et de tous les numéros de téléphone de ses employés, entre autres), est également un surdoué du golf. Surtout quand on sait que le dictateur en question, succédant à son père Kim Il-Sung, est surtout dénué de charisme et passionné de filles et de grosses bagnoles.

Quand on lit ça, donc, on se dit que cela ne pourrait jamais arriver dans une démocratie comme la France. Et là, grâce au génial travail de fourmi d'Acrimed, on tombe sur une autre dépêche AFP relatant une rencontre entre Bernard-Henri Levy et Villepin en 1997. Le contenu de celle-ci est proprement ahurissant, surtout quand on sait qu'elle émane d'une agence de presse officielle. On y apprend qu'à l'occasion d'une rencontre entre BHL et DDV, le second aurait dit au premier vous avez l'air d'un Christ sans plaies et que, bouleversé, le soir venu, BHL aurait eu les mains qui se seraient mises à saigner mystèrieusement... Lisez la dépêche si vous pensez qu'il s'agit d'une blague.

Très franchement, le parallèle entre les deux est un peu rapide, m'enfin, c'est quand même frappant, non ?

- page 1 de 2