Humus numericus

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R, Spip et autres

Après "mangez des pommes", voici "mangez des poules"...

Tout le monde se rappelle du malheureusement célèbre "mangez des pommes" lancé par Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995. Ce célèbre slogan n'était autre que le témoin de la profondeur et de la sincérité d'un projet politique bidon articulé autour du thème de la réduction de la fracture sociale au bénéfice de pauvres dont il avait soudain oublié le bruit et l'odeur. Ce qui, accessoirement, lui avait permis d'être élu.

Et bien Ségolène Royal, l'autoproclamée pseudo-candidate centriste aux prochaines élections présidentielles, vient de tenter une grossière contrefaçon avec une légère variante qu'on pourrait résumer par "mangez des poules". En déplacement dans une foire avicole, elle a en effet exhorté la population française à "sauver la filère avicole" en consommant "deux volailles par semaine". Elle aurait même ajouté : "Henri IV faisait la poule au pot le dimanche, nous on double la mise".

Il serait cependant trop facile d'attirer l'attention sur une déclaration isolée et décontextualisée. Ségolène Royal n'en est pas à son premier coup d'éclat politique. Preuve de sa radicalité de sa pensée et de l'authenticité de son projet politique, elle avait déjà coupé le souffle à l'opposition en annonçant le 7 mars dernier que la région qu'elle préside couperait ses subventions aux entreprises employant des CPE-CNE. Oui, oui, le 7 mars 2006. Alors que les CNE existent depuis le 2 août 2005. On admire l'esprit visionnaire et dénué d'opportunisme. Mais Ségolène va plus loin encore, elle n'hésite pas à dépasser un cadre national étriqué pour aller chercher ses idées loin à l'étranger, par exemple chez Tony Blair, qui n'est autre, je vous le rappelle, que Margaret Thatcher en plus féminin.

Bref. Quel est le projet de Ségolène Royal et du PS pour les présidentielles de 2007 ? Rien. Quelles sont les alternatives qu'elle propose pour lutter contre la pauvreté, le chômage, la précarité ? Rien. Que compte-t-elle faire des 24 milliards d'euros annuels versés aux patrons en réductions de cotisations sociales et qui ne servent à rien ? Rien, justement. Compte-t-elle renationaliser France Telecom, entreprise qui autrefois, publique, gagnait de l'argent tout en employant de nombreuses personnes dans des conditions acceptables, alors qu'aujourd'hui c'est une boîte privée qui perd du fric, nous innonde de pubs et de services inutiles tout en ayant réduit ses effectifs et entraîné une dégradation énorme des conditions de travail ? Apparemment non.

Ségolène Royal n'est, au fond, qu'un reflet. Une image. Un pur artefact médiatique, monté en épingle par des médias qui passent leur temps à s'écouter les uns les autres et à chercher qui mettre en première page de leurs sacs-à-pubs. Mais derrière, il n'y a rien. Niet. Néant. Pas une idée, pas un projet.

Et voilà qu'on commence déjà à nous balancer la question du "vote utile", que quand même, "ça va pas se passer comme en 2002", que cette fois les gens ne vont pas aller se disperser au premier tour et risquer un duel Sarkozy-Le Pen au second. Ben voyons. Si le PS n'a pas de candidat au second tour, ils n'auront à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Cinq ans qu'ils n'avaient que ça à foutre, pondre un projet, des idées, une réflexion, une concertation, bâtir quelque chose de radical et fédérateur. Cinq ans qu'ils n'ont rien fait de tout cela, préférant se faire refaire les dents comme s'ils allaient au concours du salon de l'agriculture.

Voter utile, ça n'est certainement pas voter pour rien.

Commentaires

1. Le jeudi 30 mars 2006, 09:32 par Toutoune25

> que cette fois les gens ne vont pas aller se disperser au premier tour
> et risquer un duel Sarkozy-Le Pen au second

Cette option ne me semble pas envisageable : ils ont le même programme... Par contre on pourrais avoir un Bayrou au second tour :)

@+
Olivier;

2. Le samedi 13 mai 2006, 11:52 par Free

Cela dit, l'absence de programme et de propositions n'est pas réservé à Ségolène. C'est la plaie de toute la gauche. A un an de l'élection présidentielle, le PS a quand même reconnu "qu'il fallait se mettre au travail"... C'est pas gagné, hein :-)
Et je ne parle pas, bien entendu, de tout ce qui est à la gauche du PS, dont le programme, lui, n'a pas changé depuis de 50 ans et demeure toujours aussi idéologiste et aussi peu crédible.