Humus numericus

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R, Spip et autres

samedi 26 février 2005

Gaymard et l'EDF

On entend beaucoup parler de M. Gaymard ces jours-ci, pour des histoires de logement certes scandaleuses, mais au demeurant plutôt anecdotiques. Durant la période où les histoires de loft et de loyer ont émergé, je suis tombé sur un article dans un journal sur une visite de M. Gaymard au directeur d'EDF, au cours de laquelle le premier avait manifesté son souhait de "protéger les grandes entreprises fortes consommatrices d'électricité contre les variations du prix du courant". Il s'agit bien entendu de les protéger contre les variations de prix à la hausse, inutile de préciser.

Rien de bien extraordinaire de la part d'un gouvernement de droite. Mais ce qui m'a frappé, c'est que la veille au soir, en feuilletant la brochure qu'EDF envoit aux personnes venant d'emménager, je suis tombé sur une page expliquant qu'"EDF est solidaire des personnes en situation difficile". Plutôt sympa, à première vue.

Regardons un peu plus dans le détail en quoi consiste cette solidarité. EDF nous explique que celle-ci fait partie du dispositif de Maintien de l'accès à l'énergie votée dans le cadre de la loi de lutte contre l'exclusion. Bien. Donc EDF n'y est pour rien à l'origine. En quoi consiste exactement ce dispositif ?

  • le client (et non plus l'usager) "en situation difficile" (c'est à dire qui n'a pas payé sa facture) doit d'abord s'engager à prendre contact avec un organisme social pour régler au plus vite ses difficultés.
  • une fois cet engagement pris, le client continue à bénéficier d'un accès à l'électricité pour une puissance de 3000W. On nous explique alors que 3000W, ça fait un frigo, un congélateur, l'éclairage, une télé et éventuellement un convecteur électrique. Royal ! Il suffit que tout le monde vive dans une même pièce, et qu'on pense à éteindre la lumière lors de l'allumage du four ou à couper le frigo au lancement de la machine à laver, et tout roule.
  • si la consommation dépasse 3000W, un "mini-interrupteur" coupe le courant pour environ 15 secondes, puis le relance. Ce qui, nous dit-on, "laisse le temps au client d'éteindre un appareil" pour repasser sous les 3000W. On imagine les séances de rigolade lorsqu'il s'agit d'aller couper, à tâton dans le noir, le radiateur qui vient de se mettre à chauffer parce qu'il fait moins de 14 dans la chambre du petit dernier. Mort de rire.

Voilà donc comment on nous vend pour de la "solidarité" et de la "lutte contre l'exclusion" une mesure de survie particulièrement humiliante tant sur le fond (bien sûr, si les pauvres sont pauvres, c'est uniquement parce qu'ils ne sont pas foutus de contacter les organismes sociaus) que sur la forme (avec la menace constante de la coupure de courant qui va devoir vous faire rerégler toutes les horloges de la maison).

Et le parallèle avec les mesures en faveur des grandes entreprises se passe de commentaires. Alors, bon, les histoires de loft...

jeudi 6 janvier 2005

Finalement, si...

Contrairement à ce que j'ai pu dire hier, finalement j'aime bien les minutes de silence (oui, je sais, je change un peu d'avis rapidement). J'aime tellement que j'ai décidé d'en instaurer pas plus tard que tout de suite, là, aujourd'hui. Une minute en la mémoire de tout un tas de gens, des irakiens bombardés, des palestiniens buldozerisés, des travailleurs précarisés, et de tous les exploités, affamés, humiliés.

Et je suis prêt à parier que cette minute de silence sera l'une des plus suivies de l'histoire de France. Si vous souhaitez participer, elle aura lieu pas plus tard que cette nuit entre 3h12 et 3h13 du matin. Par contre je remercierai le clergé de ne pas faire sonner les cloches des églises, merci d'avance...

mercredi 5 janvier 2005

Trois minutes de finances...

Dans le cadre d'un déménagement de plus en plus proche, je contacte aujourd'hui mon agence EDF :



- (Après plusieurs minutes d'attente) EDF-GDF Diffusion ?
- Bonjour Madame, ce serait pour un renseignement concernant...
- Désolé mais j'observe les trois minutes de silence pour l'Asie, merci de rappeler s'il vous plaît.
- Ah ? Euh... Je... Bon, oui, excusez-moi...

Je regarde ma montre : 12h00 pile. Et merde.

Ce soir à la radio, et c'est comme ça depuis plusieurs jours, on n'entend parler que de ça ou presque : les trois minutes de silence européennes (Danemark excepté) seraient une formidable preuve de générosité, et surtout les 2,2 milliard d'euros de promesses de dons des pays riches seraient une mobilisation incroyable et jamais vue. On a donc l'impression d'assister à un double Téléthon : plus le compteur des victimes augmente, plus celui des promesses fait de même.

La catastrophe qui vient de se produire aura donc vu apparaître son lot de nouveauté. Les minutes de silence, non, on avait déjà vu ça pour le 11 septembre 2001. Mais le don d'un euro par SMS, par contre, ça c'est du technologique de pointe. Même plus besoin de se lever de son fauteuil pour se sentir solidaire concrètement tout en regardant les images à la télévision.

Je n'insisterai pas sur l'histoire des minutes de silence, qui n'apportent quelque chose qu'à ceux qui les respectent, mais qui après tout ne font de mal à personne. Bien sûr, on objectera que le silence fait face aux vistimes d'un tremblement de terre en Iran, d'une guerre en Irak ou d'une fusillade en Palestine ne dure que quelques millisecondes, et encore pas tous ensemble. Mais tout cela n'est pas nouveau non plus.

Par contre, le couplet sur le "formidable élan de générosité" des pays riches me laisse perplexe. D'une part ce ne sont que des promesses, et on peut rappeler que pour le tremblement de terre en Iran, par exemple, seules 10% des sommes promises ont été versées une fois les caméras de télé reparties vers un autre cataclysme. D'autre part, 2,2 millions d'euros (ou 3 milliards de dollars), c'est pas non plus Byzance. Pour comparaison, les Etats-Unis ont promis de consacrer 18 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Irak (qu'ils ont eux-mêmes détruit). Ou encore, l'état français a promis de consacrer 2,5 milliards d'euros à l'organisation des JO de 2012 au cas où Paris serait choisie pour les accueillir. Ça fait relativiser.

Je n'ai rien contre le fait d'envoyer un SMS ou de faire des minutes de silence. Mais si en plus on participe à des mouvements s'attaquant aux problèmes de fond comme le respect des droits sociaux fondamentaux dans les pays du Sud, ça me semble assez complémentaire. Si ça vous intéresse et que vous ne connaissez pas déjà, jetez un oeil par exemple au Réseau Solidarité...

vendredi 27 août 2004

Utopie

On a souvent tendance à se dire ces temps-ci que le discours de "la seule politique possible" commence à nous étouffer sérieusement et qu'un peu d'utopie ne ferait pas de mal. Bon, ben y'a qu'à s'y mettre, après tout...

Partons d'un constat simple. Imaginons que le PDG de Renault (pour en prendre un au hasard) travaille trois jours par semaine en tant que PDG de sa boîte, mais passe les deux jours suivants comme ouvrier à la chaîne "de base" dans une de ses usines (avec la rémunération qui va de pair pour ces deux journées). Ceci n'est qu'un exemple, on pourrait aussi mettre le directeur de France Telecom opérateur dans un central d'appels ou celui de Bouygues manoeuvre sur un chantier, les idées réjouissantes ne manquent pas. Ne pensez-vous pas que ces fringants PDG sans doute membres du Medef auraient rapidement envie :

  • de repenser les conditions de travail dans leur entreprise
  • de réévaluer quelque peu le salaire de leurs employés ?

On pourrait de manière plus générale imaginer un brassage professionnel qui toucherait l'ensemble de la population. Chacun passerait la moitié de la semaine dans un travail "qualifié" (ce qui n'est surtout pas synonyme "d'intellectuel") et l'autre moitié dans un travail plus difficile en termes de répétitivité, de dangerosité ou d'exigences physiques. On peut imaginer de très nombreuses vertus à un système de la sorte, en particulier en termes de solidarité et de cohésion sociales (il y aurait sans doute plus de monde dans les manifs), de disparités salariales (ça entraînerait un nivellement par le milieu) ou d'espérances de vie, d'amélioration des conditions de travail, de lutte contre l'aspect symbolique et culturel de la domination sociale, etc.

Bien sûr, la mise en oeuvre pratique de ce genre de mesures poserait de nombreuses questions. La première est sans doute la possibilité de convaincre les gens de participer (et pas seulement les PDG). La deuxième concerne la définition des activités "qualifiées" contre les "non qualifiées", la mise en place de cette frontière (artificielle) engendrerait certainement de nombreuses luttes.

Mais bon, j'ai parlé d'utopie, pas de programme électoral du PS !

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